Face à Face avec la Grande Bleue

Et voilà, nous sommes face à la grande bleue et c’est partit pour la grande traversée très loin des cotes. C’était tout drôle d’y penser, après un an et demi à marcher, à part un tour en parapente, je n’avais jamais quitté la terre ferme aussi longtemps et ne pas voir la terre du tout pendant plusieurs jours était un peu effrayant.

DCIM100GOPROComme d’habitude, j’ai eu le mal de mer mais en moins prononcé, il venait, repartait, revenait au gré de ses envies sans tenir compte de l’état de la mer qui parfois meme si elle semblait calme me rendait nauséeuse et d’autre avec plus de houle ou je me sentais bien.J’ai renoncé à le décrypter. Le lendemain de notre sortie des Canaries, à mon réveil j’ai vu quelque chose de noir au loin. Intriguée j’ai mis les lunettes de soleil pour mieux y voir (à midi le soleil tue les yeux). En ressortant et demandant à Laurent si il avait vu, on a vu une petite tortue pas mal chamboulée par le passage du bateau et ce cou ci la forme noire est réapparue plus proche et avec un jet d’eau ! Des baleines, des cachalots qui nous ont accompagné quelques temps avant de continuer leur route. Elles étaient tout juste reparties qu’une bande de dauphins a pris le relais. Ça nous faisait une sacrée journée chargée, et Güneş pour rigoler m’a dit que ça n’avait plus aucun intérêt puisque nous avions vu presque tout les animaux marins en une seule journée.

Nous sommes peu a peu rentré dans la routine de la vie à bord, ponctuée de joie, de quarts, de manœuvres, de poisse, de jeux, de baignades, de lectures, de  pêche bref tout ce qu’on peu trouver aussi sur la terre ferme mais dans un univers plus réduit et en même temps gigantesque qui nous fait ressentir seul au monde. J’ai participé (un tout petit peu) aux manoeuvres et passé de longues heures dans le cockpit à rêvasser et admirer les alentours se dépeignant dans toutes les teintes de bleu. Dès que quelqu’un repérait un animal marin, c’était à celui qui sortait le plus rapidement sur le pont pour l’admirer. On a beau être dans un espace réduit, ça ne nous a pas empêché d’avoir des jours remplit de communication, et d’autres où l’on échangeait juste les phrases de base, chacun étant perdu dans son monde personnel. C’est comme quand on marche à plusieurs, nous ne passons pas nos journées à bavarder sans discontinuer.  Tout le monde a besoin à un moment donné de se retrouver seul avec lui même.

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J’ai mis plusieurs jours a finir les couture des lignes de vie (sangle de sécurité sur laquelle ils sont sensé s’attacher quand ils sortent sur le pont), prenant mon temps et essayant de ne pas finir malade au bout de 10min. Comme a dit le capitaine, c’est leur vies que j’ai entre mes mains donc il fallait que je soit très attentive et concentrée pour que ma couture résiste à plusieurs tonnes de pression. Laurent a bien essayé de nous nourrir avec du poisson, mais la pêche n’a pas été bonne et ce n’était pas faute de mettre les lignes tout les jours! Il a eu une Bonite et quelques poissons volants suicidaires qui sont venus d’eux même sur le pont. La jolie dorade s’est enfuie à notre vue et même l’hameçon à espadon à déserté une nuit laissant la ligne flotter toute seule. Heureusement que le congel renfermait un stock de réserves!

DCIM100GOPROEtant fidèle à moi même en miss catastrophe, j’ai fait quelques boulettes : en cliquant sur le radar pour vérifier si nous étions toujours seul au monde, j’ai fermé involontairement le GPS donc il y a un petit “trou” sur la trace de notre traversée (toujours moins gros que celui fait par le skipper ). J’ai aussi fini seule au milieu des vagues de l’océan, parce que j’avais eu la bonne idée de lâcher le bout (corde qui nous reliait au bateau) le temps de refixer la gopro sur ma tète. Sachant pertinemment que les garçons ne me laisserait pas me noyer je l’ai pris à la rigolade mais ça ne m’a pas empêchée d’entamer une brasse énergique pour le rattraper pendant qu’ils relâchaient du mou pour me récupérer! Et puis le bateau a fait une jolie boucle pour récupérer mon ami Jack (le seau) tombé à l’eau. J’ai détraqué la machine à laver (on est sur un bateau de luxe), elle ne voulait plus sécher seulement rincer nos habits et à la 4e fois le pont s’est transformé en gigantesque étendoir à linge…