Voila un bon bout de temps que je n’avais pas écrit sur mon blog, je pourrais vous dire qu’il y a eu un milliards de raisons mais la principale reste le reprise de la routine qui m’avait ôté toute envie d’écrire. Que dire, moto boulo dodo ça n’intéresse guère, quelque soit le pays.

Depuis mon dernier article, je m’étais installée à Natal. Tout a commencé grâce à un joli trio inséparable que nous formions avec 2 amis. A la base, je suis revenue sur Natal après être descendue jusqu’à Joa Pessoa pour fêter mon anniversaire 2014 avec eux. Les 5 jours prévus se sont transformés en 1 an. Ils cherchaient un boulo, et le délire est partit de la: je suis bien, voire très bien et pourquoi pas relever le défi avec eux et moi aussi trouver un travail. ça prouvera mon habilité à rédiger un CV en portugais brésilien et à me vendre dans la même langue, ce qui change cordialement de tout les petit boulo que j’avais eu en chemin basés sur le volontariat. Bien sur, Bia une de mes coloc m’a grandement aidé. Quand vous apprenez une langue dans la rue au contact des gens, vous faites un nombre incalculable de faute de grammaire, conjugaison et surtout d’écriture. Le brésilien est comme notre bon vieux français, ce serait bien trop facile si ça s’écrivait comme ça se prononce. Une foi ce défi relevé, c’est comme de partout dans le monde: faire le tour des endroits potentiels et laisser son CV. Pour des raisons pratiques, je ne me voyais pas chercher dans mon domaine infirmier car je ne maîtrisais pas assez bien le brésilien et de toute façon notre diplôme n’est pas reconnu la bas à moins de vouloir se lancer dans un an de démarches administratives très lourdes financièrement et moralement pour au final obtenir des conditions de travail compliquées. Une infirmière générale au brésil fait des gardes de 24h non stop suivi de 24h de repos et on recommence le tout avec les moyens du bord… Très peu attirant à mon goût surtout pour un boulo qui ne devait être que de 2 ou 3 mois histoire de m’occuper.

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Chanceuse si l’on puis dire, j’avais fait pas mal de bon contact et l’un d’eux m’a recommandé dans un resto. Et oui, le boulo universel est bien en cuisine quand on ne connaît pas trop la langue. Le plus drôle dans l’histoire, c’est que j’y avais laissé mon CV et commencé avant que le proprio ai eu ma recommandation. Le gérant nous avait donné RDV 3j plus tard pour ce que je pensais un entretient d’embauche mais pas du tout. Ils avaient besoin d’une personne en salle et d’une en cuisine, aec Bia nous étions pile poil au bon moment et nous avons été embauché toute les 2 voire plutôt enrolée sur le coup. Tout juste arrivées, à la place de l’entretient ça a été un tee shirt chacune et direction son nouveau poste. Plutôt surprenant comme début! Bien sûr personne ne parlait frenchi, ni anglais. C’est a force de geste et démonstrations que ça l’a fait et d’appel au secours auprès de bia pour faire la traduction quand je ne saisissait pas un traitre mot de ce qu’on me demandait. Imaginez vous pensant maîtriser un minimum la langue locale et vous retrouver en cuisine à ne pas savoir le moindre nom des aliments. L’exemple le plus marquant est resté le premier jour, le chef me demandant::

“Voce vai cortar cebolas.” voce = tu ou vous, vai = vas, cortar = couper, ok mais cebola c’est quoi? et comment je lui fais comprendre que j’ai a moitié compris sa demande mais que je n’ai aucune idée de quel aliment il me parle? Au final il a compris que je ne savais pas mais a cru que je ne comprenais pas un mot. Il a pris un oignon et commencé à m’expliquer comment ça se coupe, et me revoila en train d’essayer de lui expliquer que je sais couper les oignons, il me manque juste du vocabulaire culinaire. Au fur et à mesure des jours, le vocabulaire est rentré à coup de grands fou rires et de patience de leur part. Sauf qu’ils aimaient tellement mon francobrésilien qu’ils se mettaient à parler comme moi. Au final je ne savait plus du tout ce qui était du vrai brésilien et ce qui en était mon adaptation.*

Les jours entraînant les suivants sans les voir passer, je suis restée 8 mois dans ce resto. Nous travaillons 8h par jour, 6/7j avec un jour de repos en semaine et une foi par moi un WE, le grand  luxe car peu de resto respectent la réglementation en vigueur. Bien sûr, il est normalement interdit de travailler avec un visa touristique et c’était un accord entre nous. Tout le monde le sait, la restauration est un des endroits parfaits pour travailler au black. Malgré cela, ils ont été très correct et j’étais traitée comme une employée normale avec tout les avantages et inconvénients. Le brésil est très protecteur envers le travail des femmes et par exemple, il est interdit de faire travailler une femme plus de 2 dimanches par mois sans dérogation, et avec la dérogation ils doivent la payer comme si c’était un jour férié. Le problème, c’est que le Brésil est aussi très protecteur de ses travailleurs et pour obtenir un visa de travail, le patron doit prouver par a+b qu’il a à tout pris de besoin d’une étrangère pour faire ce boulo. Le propriétaire du resto très sympa a essayé de m’obtenir ce fameux sésame mais un poste de commis de cuisine, ça n’a rien d’exceptionnel et forcement ça ne l’a pas fait et les démarches administratives ont une vraie plaie la bas. Oui je le dis bien, en France on se plaint tout le temps mais croyez moi c’est du 3 étoiles à coté de bien des pays. Vous n’avez pas besoin de porter la main au portefeuille à chaque fois que vous allez à la mairie ou à la préfecture…

A priori, je suis un peu trop française sur les bord et quand une chose ne me plait pas, je râle et à force de râler sur une collègue qui ne faisait pas son boulo ça a eu des conséquences qui ont en 11075248_10206419651759197_7834281456950259850_npartie mal tourné pour moi. Je pars du principe que quand on a un travail, quel qu’il soit, on le fait bien ou on le fait pas et on change.J’étais la pour m’occuper et profiter du brésil, pas me prendre la tête au quotidiens et j’ai fini par tout envoyer bouler. Même en France je ne faisais que de l’intérim pour justement ne pas rentrer dans des problèmes d’équipes et prises de tête au quotidiens. Désolé mesdames pour ça mais travailler avec des filles c’est vraiment compliqué, souvent des histoires naissent de rien et les ragots vont bon train et personne n’est vraiment direct et… bref travailler avec des hommes c’est bien plus simple en général. Devenant invivable pour tout le monde car ce boulo me prenais la tête, j’avais décidé de reprendre ma liberté en main et me souvenir que je n’avais jamais accepté ces conditions nulle part. Tant pis pour le visa que j’attendais depuis 8 mois et advienne ce qui adviendra, même cet objectif ne me permettait plus de tenir en place. Le bémol pour ainsi dire, c’est que le patron m’a rappelé le lendemain et dit qu’il avait viré ma collègue. Bon, comment faire? J’y retourne je me calme et j’espère encore obtenir, un jour peut être si il s’en sort avec l’administratif, mon visa ou flûte j’ai tout envoyé boulé et je m’y tiens? J’aime vraiment le Brésil, le bordel ambiant du Nordeste, il fait beau et chaud toute l’année, il y règne principalement la joie de vivre même si ils n’ont pas grand chose, la vie y est peu chère…. Je ne veux pas spécialement quitter le pays mais ayant un chouia beaucoup dépassé mon visa, si je sors je ne rerentre pas avant un bon bout de temps, mais en même temps le fait d’être plus ou moins revenu à une routine me fait repenser à ma famille et mes amis frenchis que je n’ai pas vus depuis presque 5 ans, la plus grosse fête de famille organisée pour les 90 ans de ma grand mère qui arrive et l’envie d’y aller… Méga dilemme et la raison a fini par l’emporter. J’ai ravalé ma fierté et je suis retournée à mon poste qui était de faire des rosti donc éplucher et rapper des caisses entières de patate au quotidiens avant de les faire… Imaginez ma grande motivation pour ce travail passionnant…

L’affaire a du arriver aux oreilles de mon ex collègue et vengeance mesquine oblige, le resto a reçu des menaces de dénonciation pour travail illégal et emploi d’immigré illégal. On récolte ce que l’on sème et ce que je pensais arriver un jour à fini par se produire, j’ai perdu mon boulo et l’opportunité de voir ma situation redevenir légale.